Les 4 000 îles ou l’éloge de la paresse.

« Ne rien faire est la première et la plus forte passion de l’Homme » disait Rousseau.

Les 4 000 îles, « Si Phan Don » en laotien, invitent à mettre en pratique cette délicieuse formule, à relativiser l’urgence du quotidien, à se déconnecter du temps qui passe et à se délecter du moment présent sans objectif aucun, à buller sans complexe, à s’abandonner à une paresse extatique et jouissive, à profiter de l’ennui, ce plaisir coupable que l’on s’évertue à fuir à chaque instant.

Poser quelques jours son sac à dos au coeur de cet archipel au sud du Laos, loin, très loin de la frénésie des attractions touristiques et de certaines villes d’Asie du Sud-Est, c’est s’offrir quelques moments de liberté pure, de douce rêverie, de poésie instantanée. Exit la boulimie de découvertes, la soif de vivre à 200 kilomètres à l’heure, l’insatiable désir de ne rien manquer.

Après un voyage en bus et en bateau souvent long et inconfortable, qu’on arrive de la frontière cambodgienne ou du nord du Laos, la parenthèse reposante de Si Phan Don fait office de repos bien mérité.

Don Khong (la plus grande), Don Det (la plus festive) et Don Khon (la plus calme et la plus relaxante) sont les trois seules îles où l’on peut séjourner, le reste de l’archipel étant en réalité constitué de minuscules bout de terre sauvages de quelques mètres carrés à peine, abandonnés à la nature, et inhabitables. Difficile d’ailleurs d’estimer réellement le nombre exact d’îles qui compose la région (à priori, quelques centaines tout de même), le chiffre avancé de 4 000 contribuant surtout à illustrer l’atmosphère irréelle et magique des lieux.

Ici, il n’y a rien à faire. Rien, si ce n’est se la couler douce. Se laisser emporter par la beauté naturelle de Si Phan Don, parée de camaïeux de verts, de l’émeraude des eaux du mystérieux Mékong à cette flore si riche, composée de cocotiers, de bananiers ou encore de manguiers. S’amuser du manège des buffles prenant leur bain quotidien avant de trouver refuge sur un bout d’îlot plus petit encore qu’un studio parisien, ou des apparitions, pareilles à d’espiègles clins d’oeil, des dauphins d’eau douce de l’Irrawady, à la silhouette si particulière. Écouter le monstrueux rugissement des cascades de Li Phi et de Pha Pheng, paysages déroutants de force et de sérénité, pourtant capables d’instants de grâce et de douceur, et s’offrir un plongeon vivifiant dans recoin apaisé à deux pas de ce chaos de roche et d’eau. S’inspirer de la nonchalance et de l’hospitalité des quelques familles installées sur ce bout de paradis. Apprécier, enfin, au fond du hamac, sur la terrasse en bois de l’une des quelques auberges qui comptent ces îles, un jus de fruit glacé ou une Beer Lao bien fraîche en main, l’enivrant coucher du soleil sur le Mékong, le festival de couleurs et de reflets et la douce brise de fin de journée qui l’accompagnent.

(À noter : Don Det a tendance à devenir, dans une moindre mesure, un nouveau Vang Vieng, une petite Mecque de la fête où les bouteilles se descendent volontiers, et où la drogue semble être accessible. Pour un véritable plein de calme, il est préférable de privilégier Don Khon)