Arequipa, oh la belle blanche !

Le Misti et ses neiges éternelles, le Pichu Picchu et le Chachani, trois volcans hauts de près de 6 000 mètres, encerclent la deuxième ville du pays et semblent veiller sur cette ancienne cité coloniale, véritable joyau d’architecture sans égal dans le reste du pays. Si les Incas se sont emparés des lieux au XVème siècle, c’est bien l’arrivée des Espagnols quelques décennies plus tard qui a fait d’Arequipa la pierre de lune qu’elle demeure encore aujourd’hui, les Conquistadors utilisant le sillar, une roche blanche volcanique, pour construire la plupart des bâtiments. Sous un ciel presque toujours bleu, le soleil d’Arequipa vient frapper ce moellon si particulier, et confère à la ville une ambiance surprenante, à la fois fraîche et chaleureuse.

La Blanche se rappelle cette Histoire coloniale presque à chaque coin de rue : son couvent Santa Catalina, le plus grand du monde, construit en 1579, est un village dans la ville, et dont les ruelles sans fin, insoupçonnées, presque labyrinthiques, portent des noms andalous ; la Plaza de Armas arbore de longs bâtiments coloniaux et dévoile la Cathédrale Notre Dame, bâtie sur les ruines de l’ancienne Iglesia Mayor, détruite par un tremblement de terre ; les maisons, ou « casas » comme celles de Moral, de Tristan del Pozo ou d’Iriberry, devenues des musées, racontent quant à elles les familles et les dynasties qui ont façonné Arequipa.

Bien sûr, Arequipa porte également les empreintes de son passé indigène, et les sculptures de masques, ou représentant la faune et la flore de la région, ornent bons nombres d’habitations et d’églises, comme celle de la Compañia des Jésuites, offrant à la ville une architecture coloniale métissée. Son musée Santury célèbre d’ailleurs ces influences plus anciennes, et présente, outre une série de souvenirs des époques incas et antérieures, l’un de ses plus importants patrimoines, la momie Juanita, une jeune princesse sacrifiée au sommet du volcan Ampato il y a plus de 500 ans, et découverte au début des années 1990, parfaitement conservée par les glaces.

Fière de ses vestiges, la ville n’a pas pour autant oublié d’embrasser une certaine modernité : les restos, bars, fast-food, auberges, hôtels, boutiques et marchés artisanaux ont poussé à Arequipa, où le tourisme, pas simplement réservé à Cusco et son Machu Picchu, s’est fait une place. Le centre, et notamment la place des Armes, lieu de rassemblement au bord de la fontaine et sous les palmiers qui la décorent, ou encore la rue piétonne de Mercadores, souvent noire de monde le jour comme le soir, illustre bien la vie et l’énergie qui anime la belle Blanche.

Délaisser le coeur de la cité pour partir à la découverte d’une Aréquipa plus rustique, plus populaire, s’aventurer jusqu’aux miradors un peu excentrés qui offrent un point de vue majestueux sur la ville et sur les volcans, se perdre dans le quartier d’El Carmen où vaches, ânes et chèvres côtoient les voitures sont autant de façons d’apprécier différemment celle que la lune aurait, affirment les Arequipanos avec une fierté certaine, oublié d’emporté lorsqu’elle s’est séparée de la Terre.