San Carlos de Bariloche, petit suisse et chocolat.

C’est un secret de polichinelle. L’Argentine, sous la présidence de Juan Peron entre 1946 et 1955, a été une terre de refuge pour de nombreux criminels nazis en fuite à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Le sujet, bien sûr, reste tabou, même si de nombreuses études, enquêtes et ouvrages ont jeté un peu de lumière sur la complaisance du gouvernement argentin à l’époque et au cours des décennies qui ont suivi.

San Carlos de Bariloche, ville principalement germanophone depuis sa fondation en 1902 par des émigrés suisses, a longtemps été une terre d’accueil, un paradis pour nazis exilés et plus ou moins clandestins. Erich Priebke, responsable du massacre des Fosses Ardéatines, Josef Mengele, docteur qui utilisait les prisonniers d’Auschwitz comme des cobayes ou encore Reinhard Kopps, ancien agent de renseignement y auraient notamment séjourné, parfois même sous leur véritable identité, preuve s’il en fallait de l’impunité dont ils jouissaient outre-Atlantique.

Plus d’un demi-siècle plus tard, Bariloche, devenue entre-temps un véritable pôle d’attraction en Argentine, se défait de cette sale réputation qui lui colle à la peau et charme chaque année de plus en plus de touristes en quête de nature, de grands espaces, de chalets en bois et de chocolat. Il suffit d’ailleurs de déambuler au coeur des rues barilochenses pour être enivré des parfums de cacao qui s’évadent des nombreuses chocolateries de cette capitale argentine de l’or noir.

La construction d’une ligne de chemin de fer au début des années 1930, et la création des stations de ski au Cerro Otto puis au Cerro Catedral en a d’abord fait une destination privilégiée d’une l’élite argentine fervente de sports d’hiver, puis l’aménagement du parc national Nahuel Huapi, oasis de forêt, de lacs aux petites plages isolées du monde, de sommets enneigés et de paysages somptueux comparables aux majestueux décors montagneux que l’on peut découvrir dans les régions les plus reculées de la Suisse, ont progressivement contribué à séduire touristes nationaux et internationaux tout au long de l’année. La route nationale 77, prolongement de la mythique Ruta 40, et qui borde le lac Perito Moreno et le lac Nahuel Huapi, frontière entre les provinces de Neuquen et de Rio Negro, zigzague entre les sapins, traverse la péninsule Llao Llao jusqu’au mirador de la Villa Tacul, dépose sur les rives de l’Escondido et et du Moreno, et dévoile des horizons sans fin d’une beauté absolue. Plus loin, la route des Sept Lacs, une section de 107 kilomètres de la RN 234, et qui mène jusqu’à San Martin de los Andes, est une traversée de tous les trésors que peut offrir la région de la Cordillère des Andes.

Bariloche, « homme de l’autre côté de la montagne » en langue mapuche, porte d’entrée vers la Patagonie, vaut aussi le détour pour ses treks et ses randonnées, ses balades en bateau et en kayak, ses rivières (Chimehuin, Correntoso, Limay…) qui sont autant de superbes spots de pêche, ses parrillas qui proposent aussi du cerf et du sanglier, ses fondues héritées de la tradition européenne et pour la richesse de ses environs : à proximité, la station chic et touristique de la Villa la Angostura et son parc des Arrayanes (85 km), El Bolson, refuge des hippies dans les années 1960, cité écologique et productrice de houblon, et qui fourmille donc de brasseries artisanales (130 km), ou encore le parc national Lanin et sa forêt d’araucarias (190 km).

De quoi en prendre plein les yeux à chaque instant.