Carthagène des Indes, envoûtante citadelle.

Les remparts, qui cernent les quartiers les plus anciens de la ville, les canons, pointés vers l’île aux eaux turquoises de Rosario, les maisons coloniales aux façades bleu ciel, terre et safran, l’ancien couvent des Clarisses, désormais métamorphosé en un magnifique hôtel, le Palais de l’Inquisition, les églises de Santa Catalina de Alejandria ou de Santo Domingo, où il n’est pas rare de croiser de jeunes mariés, ou encore le château San Felipe de Barajas, situé sur les hauteurs du mont Saint-Lazare, tout rappelle le passé, à la fois sombre – la ville étant jadis une plaque tournante pour les esclaves – et glorieux de la Ciudad Heroica, comme l’a surnommé Simon Bolivar, le père de l’indépendance du pays.

Héroïque, car jamais elle ne céda face aux assaults répétés des corsaires français et anglais, et d’autres pouvoirs coloniaux, désireux de prendre possession de ce bastion hispanique, lieu de transit de l’or dérobé aux empires aztèque et inca. Héroïque, car elle fut la première à être libérée du joug espagnol en 1811, près de trois siècle après sa fondation. Si les buildings ont poussé tout autour de la ville portuaire, qui compte désormais plus d’un million d’habitants, le centre a conservé l’âme, les couleurs, et le charme d’autrefois.

Sur la Plaza Trinidad, dans le quartier populaire de Getsemani, la vie ne s’arrête jamais. La journée, les gosses tapent dans le ballon, les vieux jouent aux échecs, les mamas vendent des tickets de loterie. Le soir, les bars ouvrent leurs portes, les stands de street food tournent à plein régime, on improvise des cours de danse, les artistes de rue prennent possession des lieux et la place est inondée de locaux et de touristes qui profitent de la fraîcheur de la nuit. Quelle que soit l’heure, les Carthagénois ne ferment jamais la porte, s’installent sur des petites chaises devant leur maisonnée pour discuter, dévoilant un peu de leur vie à quiconque emprunte les petites ruelles emplies d’allégresse du quartier.

Bien sûr, le temps est passé par là, et les petites boutiques, bijouteries, auberges et autres restaurants se comptent maintenant par dizaines pour satisfaire les deux millions de touristes qui débarquent ici chaque année, pour certains simplement attirés par les jeunes prostituées et la drogue bon marché, ternissant quelque peu les charmes de la ville.  Mais dans le vieux, la tour de l’Horloge continue de dominer les rues du centre et de Santo Domingo, les balcons en bois débordant de bougainvilliers protègent toujours du soleil brûlant, et les heurtoirs habillent encore les imposantes portes des demeures quadricentenaires de Cartagena. Sur les remparts, l’air de la mer caresse le visage, Plaza de Los Coches, la musique aux sonorités cubaines et africaines rappelle l’époque où les esclaves étaient marchandés par milliers, et plus loin, près des fortifications, la femme caribéenne qui jouait les traductrices pour Pedro de Heredia, le fondateur de la ville, est célébrée par la statue de l’India Catalina. Carthagène l’Espagnole, l’Indienne, la Créole est douce, vive, joyeuse, envoûtante, irrésistible.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si de nombreux artistes, parmi lesquels l’écrivain Gabriel Garcia Marquez ou le peintre espagnol Alejandro Oregon ont posé leurs valises entre les murs de l’Héroïque, pour y trouver l’inspiration. Un trésor.