Chiloé, la Bretonne du bout du monde.

À trente minutes à peine de bateau de Pargua, sur le continent, Chiloé est un monde à part au Chili. Loin des horizons déserts d’Atacama, des nuits claires et pleines d’étoiles de La Serena, de la douceur iodée de Valparaiso, de l’effervescence de Santiago, des lacs et des sommets enneigés de la région des volcans.

Il y a, sur cette petite île grande comme la Corse, quelque chose qui rappelle la Bretagne, ses prairies, ses averses capricieuses, ses nuages qui filent à une vitesse folle, ses arc-en-ciel et ses cieux d’un bleu si pur. Ses petits villages pleins d’âmes et d’authenticité, ses hameaux rustiques et parfois dépeuplés, sa nostalgie, sa ruralité, la simplicité de son existence, ses petits vieux et les histoires qu’ils aiment raconter. Ses légendes aussi, tant les gnomes, les sorciers et les sirènes de Chiloé font écho aux comtes et mythologies de la culture bretonne. Et puis la brise, doucement salée, la marée qui va et vient, offrant toute sa beauté aux lieux, puis dévoilant, quand l’eau se retire, un spectacle de désolation, les coquillages que l’on vient ramasser en bottes, les rouleaux d’écume qui se brisent sur les rochers, les oiseaux qui crient, les pêcheurs en ciré et leurs embarcations de fortune.

Mais Chiloé est bien plus qu’une réplique savoureuse du grand ouest hexagonal, son identité et ses particularismes sont uniques au Chili et dans le monde. Ses maisons colorées, bâties sur pilotis, appelées palafitos, sont de petits joyaux où le temps s’arrête, où les regards se perdent à l’horizon, suivant le manège incessant de la marée. Ses églises traditionnelles, édifiées entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, sont une fusion entre la culture jésuite européenne et les traditions et techniques des peuples locaux, qui ne disposaient à l’époque que de bois comme matériau de construction. Seize de ces églises au style architectural unique au monde sont d’ailleurs inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, parmi lesquelles la Iglesia San Francisco de Castro, faite de bardeaux jaunes et bleus, ou encore celle de Tenaun, bleue et blanche, sertie de deux étoiles, dédiée à Notre Dame du Patronage.

Il y a Castro, la capitale de la province, installée dans une jolie crique protégée, son port de plaisance dans le quartier de Gamboa, ses rues abruptes, et ses habitations bigarrées, autrefois foyers de plusieurs centaines de fermiers et cibles des pirates venus de l’autre continent, Ancud, jadis animée par une vie commerciale intense de par sa position stratégique sur la route du cap Horn, Dalcahue, sa féria artisanale, son curranto, plat si particulier à base de fruits de mer, de viande de poulet et de saucisse, et son port, point de départ vers l’île de Quinchao, où se dressent les villages pittoresques de Curaco, Velez et Achao, Quellon, où s’achève aussi selon certain la mythique Panaméricaine, qui traverse Chiloé, reliant ses côtes pacifiques et sauvages à ses grandes étendues vertes pendant que quelques pistes en terre se fraient un chemin sur les nombreuses collines de l’archipel, ou encore Chonchi, son lac Huillinco et sa baie de Cucao où Darwin posa le pied en 1834.

Chiloé, c’est une peinture un peu grise et pourtant pleine de couleur et de lumière. C’est une aventure lyrique et mélancolique aux confins du monde. Une terre qui peut être âpre, solitaire, abandonnée, et pourtant pleine de vie, de chaleur et d’histoires. C’est un poème. L’un de ces poèmes dont la douce tristesse offre un réconfort sans pareil.

Auberge conseillée à Castro : Palafito Waiwen -Ernesto Riquelme 1236.