« Il était une fois » Dublin…

Samuel Beckett, Oscar Wilde, Bram Stoker, ou encore Jonathan Swift : tous ces illustres hommes de lettres ont fait leurs armes au sein de la plus ancienne université d’Irlande, le Trinity College, fondé en 1592. Longer ses murs, fouler ses pavés, déambuler dans sa monumentale bibliothèque, s’asseoir sur l’un de ses nombreux bancs, observer l’entraînement de son équipe de cricket, croiser ses pensionnaires d’aujourd’hui, c’est embrasser Dublin, se plonger dans son Histoire passée et présente, se laisser emporter par cette ville littéraire aux multiples visages.

C’est ici que commence le voyage, la découverte, page après page, d’une cité qui se dévore.

Dublin est un roman, un livre ouvert qu’on refuse de refermer avant de s’être délecté de chaque phrase, de chaque mot. Il faut prendre le temps de parcourir ses rues, hantées par le fantôme de l’un de ses plus illustres enfants, James Joyce, de s’imprégner de l’atmosphère festive qui s’en dégage, de partir à la rencontre de ses habitants, si souriants, hospitaliers, fraternels, l’âme enthousiaste de Dublin, de franchir les ponts qui surplombent la Liffey, d’admirer ses portes colorées si particulières, d’être décoiffé par ce vent qui n’en finit plus de souffler, de flâner, aussi, dans l’un des nombreux parcs de la ville, parmi lesquels Phoenix Park, le poumon, ou encore Saint Stephen’s Green, où les branches des arbres centenaires viennent tutoyer le grand lac. Le calme et la volupté des lieux sont une bouffée d’air frais, un contre-pied agréable à la folie des rues dublinoises ou à la très musicale Grafton Street et ses buskers (artistes de rue). Pour un peu plus de nature et de sauvage, Howth, sur la côte, à trente minutes à peine en train ou en bus, offre un panorama majestueux.

Dublin, c’est aussi et surtout la ville aux mille pubs. Les nuages et la pluie, compagnons d’infortune des Dublinois, peuvent parfois donner à la capitale irlandaise des allures maussades, grises, tristes et mornes. Mais la flamme brûle dans les entrailles, les profondeurs de la cité, dans son coeur si vivant, dans les rires joyeux et bruyants des hommes et des femmes qui remplissent ces innombrables bars. Il y a Temple Bar, bien sûr, le quartier le plus célèbre de la ville, incontournable pour son ambiance une fois la nuit tombée, le Brazen Head, fondé en 1198, le plus ancien, Camden Street, qui mène vers les quartiers chics, et qui fourmille d’adresses toutes plus authentiques les unes que les autres, et des dizaines d’autres pubs encore. Et puis il y a la bière, la blonde, la rousse, et évidemment la brune, qu’on boit jusqu’à plus soif, indissociable aussi de cette ville et de sa légende. La Guinness Storehouse, souvent prise d’assaut par les touristes, illustre bien la fierté et l’amour des Dubliners pour l’irish stout.

Après une nuit passée à écumer les pubs de la capitale, les estomacs les plus costauds profiteront du généreux breakfast made in Ireland (lard, saucisse, boudin, oeuf, champignon, tomate, pain) pendant que les autres s’essaieront au fameux porridge, excellent au Pepper Pot (au coeur du Powerscourt Town House Centre). Côté gastronomie, l’irish stew (un ragoût), les blaas (petits pains traditionnels), les boxtys (sorte de crêpe de pomme de terre) ou encore le très britannique fish & chips sont autant de spécialités à goûter absolument.

Dubh Lin, “l’étang noir”, la “baie de la fumée”, passionne, séduit, ensorcelle. Se laisser gagner par son ivresse, c’est la promesse d’un voyage hors du temps.