Happy One, il en faut peu pour être heureux.

Le Happy One, c’est le petit restaurant du coin de la rue, comme il doit en exister des dizaines à Mandalay.

Celui dont il suffit de franchir le seuil une fois pour en faire son QG, son casse-croûte préféré. Celui qui, s’il ne paie pas de mine et n’a bien évidemment rien d’un étoilé, ne déçoit jamais. Celui qui saura toujours, sans fioritures, remplir le ventre de la meilleure des manières, le midi ou le soir, ou même les deux.

Depuis un an seulement, Kyaw, originaire de Myanmar, et sa femme Hla Hla, arrivée de Chine, ont ouvert leur petit boui-boui le long de la 84ème entre les streets 22 et 23. Derrière un paravent en bois de fortune, ils travaillent d’arrache-pied pour faire vivre leur gagne-pain, et cuisinent du matin au soir sur deux petites plaques au gaz qui rappelleraient presque la promiscuité des appartements parisiens. À chaque commande, Hla Hla, inlassablement vêtue d’un tablier rose estampillé « My Playmate », taille les légumes avec dextérité, éteignant par la même occasion tous les doutes possibles sur les standards d’hygiène et la fraîcheur des produits, pendant que Kyaw, béret sur la tête, sérieux et concentré, s’active près des woks. Le reste du temps, ils préparent les raviolis pour le soir ou pour le lendemain, ou s’accordent une pause pour satisfaire leur estomac. La télé, toujours allumée, crache inexorablement le même karaoké made in Pékin, fait de clips bien kitsch du siècle passé et d’animés façon manga.

Pour un ou deux euros à peine par plat, le meilleur de la nourriture asiat’, principalement chinoise et thaï, teintée d’exotisme birman, à déguster sans modération.

Les soupes y sont simples et légères, gourmandes ou pimentées. Le Kailan (brocolis chinois), les tomates, les pommes de terres et autres légumes, frits et croquants, sont un délice assaisonné d’une sauce huître savamment préparée. Les noodles et le fried rice saura satisfaire les amateurs de ces plats traditionnels et incontournables dans cette région du monde. Les viandes en sauces, du poulet aux aubergines ou aux champignons au porc aux feuilles de moutarde, à l’ail ou au piment, en passant par le boeuf au bambou, donnent immédiatement envie d’emmener les deux cuisiniers dans les valises. Les raviolis, vapeurs, frits ou grillés, sont tellement savoureux qu’on y revient à chaque fois. En plus, la carte est tellement riche qu’il faut y retourner une bonne vingtaine de fois avant d’en avoir fait le tour. Avec plaisir.