Ica, trésors au bord de la Panaméricaine.

Traversée par la Panaméricaine, cette route longue de 48 000 kilomètres qui relie le nord de l’Alaska à l’extrême sud de l’Argentine, la région d’Ica est une de ces étapes à côté de laquelle on pourrait facilement passer, pressé de rejoindre Arequipa, l’autre grande ville du Pérou, ou Cusco et son mythique Machu Picchu. Pourtant, l’ensoleillée (il faut beau 360 jours par an) est pleine de délices et de surprises.

La ville, et la région qui porte le même nom, sont tout d’abord les principaux producteurs du Pisco, la boisson nationale, une eau de vie de raisin oscillant entre 30° et 45°. Depuis l’arrivée des premiers cépages au XVIe siècle, le raisin est traditionnellement foulé au pied avant d’être exposé au soleil dans de grandes jarres, même s’il existe aujourd’hui une production plus industrielle. Ici, le climat, sec et chaud, et la richesse des sols et des vallées, constituent un terrain idéal pour les vignes. Certaines bodegas sont d’ailleurs ouvertes au public et les dégustations des différents piscos ne manquent pas d’intérêt. Si le pisco sour (citron, blanc d’oeuf, Angostura et glace pillée) est le cocktail de pisco le plus réputé, les Iquéniens le consomment plus volontiers pur : en soirée, carafe et verre à shot passent de mains en mains, un rituel difficile pour les novices.

La région est également connue pour ses trésors archéologiques : les mystérieux géoglyphes du désert de Nazca, une centaine de kilomètres au sud d’Ica, réalisés il y a plus de 1500 ans, et toujours intacts, les célèbres pierres d’Ica, un ensemble de plusieurs milliers de galets gravés d’animaux fantastiques, de dinosaures et de technologies avancées, preuve de l’existence d’une civilisation ancienne ou extra-terrestre pour certains, gigantesque canular pour d’autres, ou encore le Museo Regional, où sont conservés les plus grands crânes allongés du monde, en sont les exemples les plus frappants.

Le departamento, enfin, abondent de merveilles naturelles, à commencer par la petite ville balnéaire de Paracas, village de pêcheurs et point de départ de virées en bateau à la découverte des îles Ballestas, où la faune marine est un vrai spectacle : des centaines de manchots de Humboldt, de cormorans de Bougainville, de sternes incas, de fous variés et de pélicans thages ont ainsi élu domicile sur cet archipel, sans oublier d’innombrables lions de mer perchés sur les roches pourtant peu confortables de ces îles où l’homme, hormis quelques jours tous les sept ans pour récolter le guano (un engrais naturel très efficace), ne pose jamais les pieds. En plus des centaines d’espèces de poissons qui peuplent les eaux alentours, il n’est pas rare de croiser quelques dauphins. Ces petites croisières sur le Pacifique sont également l’occasion de découvrir le chandelier de Paracas, un géoglyphe long de 120 mètres en forme de trident, gravé dans la roche, recouvert d’un sable qui n’arrive jamais à effacer cette énigmatique figure, pour certains reliée au lignes de Nazca, pour d’autres outil d’orientation pour les pirates d’autrefois. Un peu plus loin dans les terres, l’oasis de Huacachina, le deuxième plus grand du continent après celui de San Pedro d’Atacama au Chili, est un petit village au milieu du désert, peuplé d’une centaine d’habitants, désormais point de rendez-vous des touristes en quête de sensations fortes : montagnes russes en buggy sur les plus grandes dunes du continent et sandboarding ne coûtent presque rien. Surtout, les grandes étendues de sable du Cerro Blanco, arides et balayées par un vent acharné et coléreux, sont un décor sans fin, indomptable, à la fois sublime et inquiétant, qui vaut bien la peine d’une halte à Ica.