De Kalaw à Inle, la route aux merveilles.

Dans un pays à l’attractivité grandissante pour les touristes, la route qui rallie Kalaw et Inle devient petit à petit l’une des plus empruntées par les amateurs de voyage et de randonnée.

Au coeur l’État Shan, le trek, d’une soixantaine de kilomètres, traverse bon nombre de paysages qui changent du tout au tout, promène de villages en villages à la rencontre des hommes et des femmes qui peuplent les vallées de cette région frontalière avec la Chine, le Laos et la Thaïlande, transporte à la découverte de leur quotidien, de leurs traditions, de leurs curiosités.

Si après la saison des pluies, la campagne, les rizières et les vastes étendues des terres orientales de la Birmanie se parent d’un invraisemblable manteau vert, la saison sèche offre un feu d’artifice de couleurs tout aussi envoûtant. Le brun et l’ocre de la terre épousent le cuivre et le safran d’un décor aux allures de désert, le vert de la végétation, des arbres et des plantations épargnés par la chaleur, le rouge vif et intense de vertigineux champs de piments, à perte de vue, où l’on ne croise que quelques femmes, le dos courbé par des saisons entières de cueillettes, la peau dorée par le soleil. Les fins de journée vermeilles répondent aux levers du jour ambrés et orangés, l’ombre des montagnes et des falaises à la lumière de l’azur, l’éclat des cieux étoilés à l’obscurité des nuits silencieuses, la profondeur des regards et les yeux charbon à la flamme des rires et des sourires, langages universels, ressorts à toutes les incompréhensions.

Car la beauté véritable et les irrésistibles charmes de l’État de Shan se trouvent dans les rencontres improvisées au bord de la route, dans les discussions presque muettes, les histoires et les légendes au coin du feu, le partage et l’échange avec les ethnies Pa-o et Palaung. Sur le chemin qui emmène vers le lac Inle et ses trésors, petits villages et hameaux, où sont parfois érigées de modestes pagodes, sont autant de surprises et d’opportunités pour explorer le coeur de la Birmanie.

Il y a Sha Pin, où le curcuma est récolté, cuit puis séché sur des tapis de bambous à même le sol, Limpan, où des milliers de piments, livrés à la chaleur de l’astre solaire, acquièrent goût, puissance et force avant d’être vendus dans les marchés voisins ou à la ville, et où l’on savoure le molibui, une galette de riz croquante tartinée d’avocat sucré, Kyauksu, où les gamins jouent à dégommer des mini-pyramides de noyaux et tapent dans le ballon sur des terrains de foot de fortune, où les plus grands sont, après des années de pratique, passés maîtres dans l’art du shinlow, appelé takraw en thaïlandais, un sport joué avec une balle en bambou et qui mêle football, volley, tennis et arts martiaux, Yekaungdo, son école, et ses dizaines de mômes affairés à courir après le même ballon dégonflé, ou encore Pattupauk, où l’on raconte, toujours avec le même enthousiasme, avant de dormir, la légende des Pa-o, une tribu qui serait née du mariage entre un alchimiste parti à la conquête de la jungle, et une femme dragon, et dont l’union aurait entraîné l’apparition de deux oeufs, nommés Pa et O.

Partout, même si les dialectes sont différents d’une ethnie à l’autre, les saisons sont rythmées par l’agriculture et la récolte du riz, de la moutarde, du blé, de la pomme de terre où du gingembre, les chats et les chiens vont et viennent, les vaches et les buffles sont de précieux outils qui vivent bien souvent sous les maisons montées sur pilotis pour échapper à la fraîcheur de la nuit, quand les turbans colorés protègent du soleil du jour.

Partout, les hommes et les femmes de ces bouts de terre entre Kalaw et Inle mènent une vie simple et riche à la fois, sans autre espoir ni envie que de continuer à suivre le fil de leur existence.

Trek de 3J/2N à l’agence « Oncle Sam » pour 37 dollars (tout inclus sauf l’entrée du lac Inle). Départ de Kalaw.