Kep et Kampot, deux Cambodgiennes poivre et sel.

À quelques pas à peine du Vietnam, Kep était autrefois la station balnéaire la plus populaire et la plus prestigieuse du pays.

Au début du XXe siècle, et jusqu’à l’arrivée de Pol Pot et l’avènement du régime meurtrier des Khmers rouges, la petite ville côtière, située à 150 kilomètres au sud de la capitale Phnom Penh, constituait un lieu de villégiature privilégié pour les vacanciers fortunés et la bourgeoisie cambodgienne mais aussi pour les élites françaises installées dans la région.

Créée par les Français en 1908 sous le nom de Kep-Sur-Mer, elle a d’ailleurs longtemps porté le surnom de « Saint-Tropez de l’Asie du Sud-Est ». L’Histoire est passée par là, l’âge d’or de cette petite retraite dorée est devenu un lointain souvenir, et les nombreuses villas et maisons coloniales ont pour la plupart été détruites. La création de Sihanoukville, à la même époque, et son essor au lendemain de la guerre civile ont également contribué à rayer un certain temps Kep de la carte du tourisme cambodgien.

La ville, qui compte un peu plus de 50 000 habitants, redevient pourtant, au fil du temps, une destination estivale prisée pour les Cambodgiens, et que les voyageurs, eux aussi, redécouvrent petit à petit. Loin de l’hyper-fréquentée Sihanoukville, gavée de monde, de bruit, et de prostitution comme peut l’être Pattaya en Thaïlande, Kep est synonyme de calme, de quiétude, de repos. L’air y est doucement salé, la nature, la plupart du temps, y conserve ses droits,  les plages y sont presque désertes, simplement squattées par quelques enfants venus taper le ballon sur le sable chaud, ou par les familles qui prennent le temps de se détendre quand la fin de la journée approche.

Ici, la pêche, notamment des fruits de mer, est un art de vivre, qui a largement contribué à la renaissance de la province, en témoigne l’imposante statue de crabe bleu, symbole de la ville, qui souhaite la bienvenue aux visiteurs, le long de la côte. Le marché aux crabes, principale attraction de Kep, est électrique du matin jusqu’au soir. Des femmes, le chapeau vissé sur la tête pour se protéger du soleil, les jambes dans l’eau pour installer les paniers à crabes ou pour récolter le trésor du jour, bataillent pour écouler leur marchandise, proposée à prix d’or dans les restaurants avoisinants, où il est cuisiné sous toutes les formes, au curry, à l’ail, au citron, au lait de coco, en soupe, ou simplement relevé au poivre de Kampot, l’autre star de la région. D’autres s’égosillent entre les étals pour vendre au meilleur prix le kilo de crabe que locaux et touristes décortiquent et dévorent le long de grandes tablées. Des allées bordées de stands de fortune se dégagent les parfums des barbecues d’été, du poisson grillé, et du soleil, et calamars, crevettes, poulpes viennent compléter ce festin de roi.

Après avoir goûté à toute l’authenticité des lieux, reste à explorer le reste de la ville et de sa région, et à s’offrir quelques virées sauvages aux allures de bout du monde.

Le parc national, que l’on peut visiter à pieds mais aussi en deux roues sur certaines portions, vaut le détour pour son atmosphère de jungle où statues de Bouddha, temples et pagodes ont été érigées à quelques pas de cascades, de champs de coco ou de racines géantes. Certains chemins, souvent périlleux et épuisants, révèlent de magnifiques panoramas sur la côte, sur la ville, ou sur l’arrière-pays. Koh Tonsay, ou l’île aux lapins comme elle est communément appelée en raison de sa forme, n’est qu’à une vingtaine de minutes en bateau et n’a rien à envier aux destinations touristiques paradisiaques et prises d’assaut quand vient le moment de parfaire son bronzage : sable blanc, cocotiers, mangrove, hamacs et bungalows rythment le quotidien de ce petit havre paix d’une superficie d’à peine 200 hectares. Plus loin, en longeant la côte vers Ha Tien et le Vietnam, la route, propre et large, qui borde l’océan, devient plus sauvage, plus cahoteuse, et insuffle à quiconque l’emprunte à deux roues un intense sentiment de liberté. Ici, un village de pêcheurs et quelques habitations sommaires, et sur la gauche, des marais salants, délaissés par les travailleurs quand le soleil se fait brûlant, et le long desquels on peut s’aventurer. Quand le chemin s’arrête, il faut encore aller plus loin, en longeant la plage, ou en zigzaguant le long de passages larges de quelques centimètres, au milieu des cocotiers, des champs et des maisons de fortune, pour enfin atteindre la secrète Angkul Beach, où il est rare de croiser des touristes, et où quelques familles ou groupes de jeunes viennent s’installer en bord de mer, une coco à la main, le temps d’un après-midi. Les caves de Kompong Trach et de Phnom Chnugk et les chutes de Tekchhou et de Popokvil complètent un décor riche en merveilles naturelles.

Si quelques maisons coloniales en ruines sont encore debout à Kep, mieux vaut se rendre à l’ancienne station climatique abandonnée de Bokor, conçue par les Français et perchée à mille mètres d’altitude dans le parc de Preah Monivong, ou à Kampot, une cinquantaine de kilomètres plus au nord, pour se plonger dans le charme heureusement fané de l’Indochine française. Les vieilles villas restaurées ou reconverties en hôtels et les habitations aux tons orangés, rappellent le début du XXe siècle et l’activité alors très dense de la ville, réputé depuis des décennies pour son poivre aux saveurs si intenses et épicées. Cet or noir, dont la production avait été arrêtée et qui a bien failli disparaître sous Pol Pot, est depuis 2010, le premier produit agricole au pays estampillé d’une IGP (indication géographique protégée) qui lui permet notamment de bénéficier d’un label protégé au sein de l’Union européenne. À l’image d’un grand cru, le poivre de Kampot doit son parfum unique à son terroir et à son climat côtier, et qu’il soit blanc, rouge, noir ou vert, il fait l’objet d’une attention toute particulière de la part des fermes et des exploitations dont il fait la fierté. Les visiter permet d’ailleurs d’en apprendre davantage sur les différents goûts, la conservation, les aliments avec lesquels les poivres se marient le mieux, ou encore les différentes étapes de sa production.

La ville de Kampot, bien qu’elle demeure calme et paisible, s’avère plus animée que celle de Kep, bars, restaurants et clubs amenant une petite once d’effervescence bienvenue une fois la nuit tombée. La rivière Teuk Chhu, le long de laquelle on peut se balader, à pieds, à vélo, en bateau ou en canoë, est un petit plaisir supplémentaire, plus délicieux encore au coucher de soleil.

Logement conseillé :

  • À Kep : Khmer Hands, propose de charmants Bungalows et la location de scooter pour mieux explorer la ville. En offre spécial sur Booking.com à partir de 9 e/nuit dans un Bungalow pour 2 personnes.
  • À Kampot : Kampot Cabana, paisible endroit au bord de la rivière également composé de charmants bungalows avec possibilité de louer des scooters. À partir de 10e/nuit dans un Bungalow pour 2 personnes.