La Vallée de Lares, une virée au coeur des Andes.

De toutes les routes qui mènent au mythique Machu Picchu, la Vallée de Larès est probablement l’une des moins connues des touristes, qui empruntent plus volontiers le célèbre chemin des Incas, ou qui se rendent tout simplement directement à l’ancienne cité de l’empereur Pachacutec sans passer par la case trek.

Du petit village de Colca et des eaux thermales de Larès, à Ollantaytambo, qui fut le siège de luttes acharnées entres Incas et conquistadors, et où le PeruRail conduit jusqu’à Aguas Calientes, point de départ de l’ascension vers le site considéré comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde, le périple, long de 27 kilomètres, ouvre les portes d’une portion de l’irréelle Cordillère des Andes, la plus longue chaîne de montagnes au monde.

Un voyage qui emmène dans un premier temps à la découverte de vallées verdoyantes et de pentes escarpées où des troupeaux de lamas, d’alpagas et de moutons ont élu domicile, puis de paysages lunaires, où il n’existe rien d’autre que de la pierre et de la roche, ou encore à la rencontre de petits villages où les habitations ne sont parfois faites que de terre et de cailloux, et où la vie s’arrête souvent une fois la nuit tombée, vers 18h. Dans ces petits hameaux, où les messages et les denrées se transmettent d’une communauté à l’autre à pied ou à dos de cheval, on ne parle que le quechua, et on vit presque en totale autarcie : on cultive pour sa propre consommation, on tisse ses propres vêtements, à partir de la laine des lamas et des alpagas, et on tire partie, du mieux possible, des quelques trekkeurs qui foulent ces sentiers de graviers, en leur vendant gadgets artisanaux, bonnets, gants ou bracelets faits maison.

Plus loin, après avoir gravi le col de Huacahuasijasa à 4400m d’altitude, et non sans oublier d’offrir quelques feuilles de coca (emportées dans le sac à dos et généralement mâchées pour ne pas souffrir de l’altitude) à la Pacha Mama, la Terre Mère, se dévoilent la lagune d’Aruraycocha, puis celle de Millvococha, les montagnes d’Urubamba et le sommet du Nevada Pumahuanca, haut de 5330m, beautés naturelles qui coupent le soufflent au moins autant que l’effort fourni pour arriver jusque là.

À des kilomètres à la ronde, personne. Seulement le vent qui chasse à une vitesse folle des nuages épais et denses qu’on pourrait presque toucher du doigt, et cette interminable vallée qui continue de creuser sa route au coeur de montagnes géantes sur lesquelles les ombres se dessinent et se propagent quand le soleil commence à disparaître. Les nuits sont froides à en crever, mais la lune, qui éclaire comme en plein jour, donne une nouvelle dimension à ce décor presque fantasmagorique, entre obscurité et lumière, et qui voit les étoiles se refléter sur les monts voisins.

De la plaine de Mantanay, jusqu’au village de Pucara, dernière portion de cette virée hors du temps, la nature reprend ses droits, les fleurs et les plantes reviennent, la montagne devient rouge, et la forêt de Queunas, ces arbres sans écorces, qui sont les plus résistants au froid sur la planète, et dont la couleur ressemble à s’y méprendre à la peau humaine, délivre un ultime spectacle avant de partir à l’assault du sanctuaire historique du Machu Picchu.