Luang Prabang…luxe, calme et volupté.

Le jour se lève à peine à Luang Prabang, et comme chaque matin, à l’aube, les moines qui peuplent les ruelles de cette belle endormie entament leur lente procession à travers l’ancienne capitale du royaume au million d’éléphants.

Encore enveloppée de son brouillard matinal, tout juste sortie d’un songe qui semble éternel, la cité se réveille au son de la cloche en bronze qui annonce la déambulation nonchalante et silencieuse de ces disciples de Bouddha parés de safran. Sur les trottoirs, les habitants de la désormais troisième ville du pays accomplissent leur oeuvre quotidienne, et remplissent de riz, de gâteaux ou de fruits les vastes urnes transportées par ces moines qui, en renonçant à tous les artefacts de nos sociétés modernes, ont décidé de ne vivre que d’aumône et de générosité. Ce rituel, pareil à une pièce de théâtre parfaitement chorégraphiée, se répète inlassablement, chaque jour, depuis le XIVe siècle.

Si cette authentique et traditionnelle cérémonie doit aujourd’hui compter avec son lot de touristes, les cliquetis des appareils photos et le regrettable commerce de ces denrées que les visiteurs peuvent offrir aux moines, le spectacle, comme figé dans le temps, saisons après saisons, n’en reste pas moins profondément spirituel.

Même si elle ne jouit plus de son influence passée due à son emplacement stratégique sur la route de la soie, la ville, nichée dans un écrin de verdure, au coeur d’une région montagneuse et au confluent du mystérieux fleuve Mékong et de la rivière Nam Khan, a su préserver son âme à travers les âges. Petit à petit, les rayons du soleil naissant viennent couvrir les murs des innombrables temples de Luang Prabang d’un apaisant teint doré. Le Vat Xieng Thong, le Vat Sene ou encore le Tak Makmo sont autant d’édifices inchangés parmi les plus sophistiqués d’Asie du Sud-est, et qui témoignent du caractère sacré de l’ancienne cité des milles pagodes, qui demeure encore aujourd’hui la capitale spirituelle du Laos.

Le travail quotidien des moines qui enseignent aux jeunes bonzes les techniques de restauration de ces trésors ancestraux a permis à Luang Prabang de résister aux vicissitudes du temps, mais aussi à la mise en place à la fin du XIXe siècle du protectorat français, dont les maisons en brique qui bordent la rue principale et les rives du Mekong constituent les principales traces de la présence coloniale. Une fusion architecturale harmonieuse entre deux traditions culturelles distinctes où se mélangent monuments bouddhistes pluricentenaires, maisons traditionnelles en bois, notamment en panneaux de bambous tressés, et édifices hérités du savoir-faire français de l’époque.

L’essor du tourisme dans la région, notamment depuis que les lieux ont été classés au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1995, a par ailleurs fait de Luang Prabang une destination privilégiée pour des voyageurs aux poches parfois bien remplies, quand d’autres villes du pays sont plus appréciées des « backpackers ». Ici, les restos plutôt chics et les bars tendance (à l’image du Sala Café et de sa splendide et luxuriante terrasse qui donne sur la rivière Nam Khan) se sont multipliés ces dernières années.

Partout, l’atmosphère qui règne est comme une berceuse invitant au repos, à la rêverie, au calme. Du haut du Mont Phousi, qui surplombe la ville en son coeur, aux villages voisins et souvent déserts de Ban Phanom, célèbre pour ses tissages de coton et de soie, et de Ban Xieng Lek. Du marché de nuit, plus connu pour son artisanat et ses gourmandises locales, aux nombreuses cascades environnantes, et notamment celle de Tad Kuang Si, aux eaux turquoises et à la beauté surréaliste. Des rives du Mékong, enfin, bordées d’une végétation qui déroule une ombre salvatrice aux heures les plus chaudes de la journée, et qui offrent de délicieux points de vue quand le soleil vient à disparaître, aux sampans, ces jonques traditionnelles sur lesquelles il est agréable de prendre place pour naviguer sur ce fleuve qui prend sa source sur les hauteurs de l’Himalaya, pendant que les femmes lavent leur ligne ou que les enfants s’autorise un moment de baignade.

Luang Prabang est un murmure, une caresse, une douceur.