Machu Picchu : Hiram Bingham, le Pérou lui dit merci.

Le Machu Picchu, ancienne cité inca du XVème siècle, demeure présumée de l’empereur Pachacutec, grand guerrier ayant réuni en un seul État la plupart des royaumes des Andes à son époque, est sans contestation possible l’attraction phare du Pérou. Ces ruines ancestrales, qui accueillent chaque jour jusqu’à 2 000 privilégiés, sont même devenues, depuis que le tourisme au pays a commencé à se développer largement dans les années 1990, l’une des destinations touristiques les plus prisées de la planète.

Au début des eighties, on ne dénombrait que 100 000 visiteurs annuels, contre plus d’1,2 million en 2014, soit une augmentation de 700% en un peu plus de trois décennies. Selon les statistiques dévoilées par le gouvernement péruvien, le Machu Picchu rapporterait chaque année plus de six millions de dollars, sans compter l’argent généré par les treks organisés par les tours operator (le trek de l’Inca, le plus fameux d’entre eux, qu’il convient de réserver plusieurs mois à l’avance, engendrerait trois millions de dollars de bénéfices annuels), les allers-retours en train entre Ollantaytambo et Aguas Calientes, point de départ de l’ascension vers la cité inca (un minimum de 120 dollars par personne), le rendement continu des hôtels et des restaurants qui se comptent désormais par dizaines, notamment à Cusco, ou encore les profits engendrés par les innombrables emplois qui ont vu le jour pour satisfaire les touristes.

Le Machu Picchu est une affaire qui tourne bien, et son exploitation est la principale raison du succès grandissant du Pérou, l’activité économique du pays ayant augmenté de près de 25% sur les cinq dernières années, un record en Amérique du Sud. Il y a fort à parier, d’ailleurs, que sans la découverte de ce site vieux de cinq siècles, aujourd’hui considéré comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde, Arequipa, son antique couvent de Catalina et son majestueux Canyon de Colca, Nazca et ses lignes, Ica et son oasis de Huacachina, Puno et le lac Titicaca, ou encore Iquitos, sa faune et sa flore amazoniennes, n’attireraient pas autant de curieux aujourd’hui.

Ce trésor inca, source inépuisable de richesse un demi-millénaire après sa construction, aurait pu rester enfoui longtemps encore au coeurs des Andes péruviennes, si le professeur d’histoire et de politique à Harvard et Princeton, Hiram Bingham, principale inspiration de George Lucas pour le personnage d’Indiana Jones, ne s’était pas mué en explorateur, découvrant cette oeuvre maîtresse de l’architecture inca en 1911, exhumant tombes, jarres et bijoux, parvenant, enfin, à cartographier la région et les principales voies d’accès aux lieux (même s’il serait exagéré d’affirmer que le site, alors envahi par la végétation, avait été complètement oublié, certains écrits antérieurs mentionnant le Cerro Machu Picchu). Le génie des bâtisseurs de l’époque, capables de mettre au point un système d’irrigation sophistiqué, de polir et d’unir les pierres sans mortier pour élever des édifices remarquables de précision, le savoir avancé de la civilisation inca en matière d’astronomie, ou tout simplement la beauté du site, de sa porte du soleil, de son Huayna Picchu, perché au coeur des montagnes, aux portes des nuages, ne seraient, peut-être, encore aujourd’hui, qu’un secret bien gardé.

Bien sûr, une telle prospérité s’accompagne de coûts irréversibles : la cité, inexorablement, se détériore jour après jour en raison du flux continu de touristes, la popularité de la piste de l’Inca a entraîné l’abattage de nombreux arbres, notamment utilisés comme combustible pour la cuisine, ainsi que l’érosion du sentier, sans compter les dommages liés à l’inconscience de certains marcheurs qui abandonnent sachets de thé et bouteilles en plastiques, l’essor du tourisme s’accompagne d’une croissance urbaine massive dans la région et les ordures se sont petit à petit empilées le long des rives de la rivière Urubamba, les vols en hélicoptère pour touristes, enfin, auraient causé selon l’Institut péruvien des Ressources naturelles la disparition d’une espèce rare d’orchidée, et menaceraient l’environnement du Condor des Andes. Si l’afflux de visiteurs est dans une certaine mesure encore maintenu sous contrôle, les projets de construction d’une route directe depuis Cusco, mais aussi d’un téléphérique reliant la vallée au sommet du Machu Picchu pourraient conduire à des préjudices irréparables.