Mandalay, le coeur du bouddhisme au Myanmar.

Plus encore que Yangon, l’ancienne capitale de la Birmanie, Mandalay offre à ses visiteurs un joyeux bordel.

Un nuage gris semble envelopper la ville aux bâtiments décrépits, noyée dans un déluge de scooters, de voitures et de pots d’échappement. Les trottoirs y sont envahis par par les bouis-bouis ou les véhicules garés dans l’anarchie la plus totale, ou alors complètement inexistants, tout comme les feux de circulation, une épreuve de plus pour les piétons qui souhaiteraient traverser les rues embouteillées du centre administratif du pays.

L’ancienne « cité des joyaux » comme elle était surnommée pour son jade réputé il y a un peu plus d’une centaine d’années n’a plus le lustre d’antan, même si elle demeure aujourd’hui un centre économique et de commerce avec la Chine et l’Inde. Fondée en 1857 par le roi Mindon pour accomplir la prophétie qui prévoyait la création d’une métropole du bouddhisme, Mandalay évoquait jadis splendeur et prestige, mais sa chute devant les Britanniques en 1885 et la période coloniale qui a suivi lui ont fait perdre beaucoup d’importance au profit de Yangon. L’occupation des Japonais et les bombardements pendant la Seconde Guerre Mondiale, le régime isolationniste du général Ne Win (1962-1988), puis les grands incendies de 1981 et 1984, ont achevé l’érosion de son importance et de son influence, en plus de détruire certains bijoux d’architecture, même si l’arrivée massive de Chinois dans les années 1990 (ils représentent 30 à 40% de la population de la ville) a contribué à la revitalisation du centre-ville.

Mandalay n’en reste pas moins pour autant un centre culturel majeur dans le pays.

Si l’âge d’or des années 1950, époque à laquelle la ville était très réputée pour sa musique, est déjà loin, la cité reste un symbole de l’identité birmane ainsi qu’un noyau de l’enseignement bouddhiste. La pagode Maha Myat Muni, qui renferme un bouddha en or de quatre mètres de haut, et constitue le deuxième site de pèlerinage le plus important de Birmanie, la colline de Mandalay (ou Mandalay Hill), bordée de temples et de monastères jusqu’à son sommet, un berceau incontournable du bouddhisme dans le pays en plus d’être un lieu de rencontre entre touristes et moines qui entreprennent de parfaire leur anglais, le monastère Shwenandaw, seul survivant de l’originel Palais Royal en teck et joyau de l’architecture birmane du XIXe siècle, ou encore la pagode Kuthodaw, dont les 729 stupas accueillent chacun une page du plus grand livre du monde, en sont les principaux exemples. La moitié des moines au Myanmar réside d’ailleurs à Mandalay ou dans ses environs. Les spectacles de marionnettes, véritable attraction à Mandalay, mais surtout les Moustache Brothers, une troupe de théâtre par le passé composée de trois frères (l’un d’entre eux est décédé), très critique vis-à-vis de la junte militaire, et aujourd’hui interdite de performance publique, illustrent également la dimension culturelle de la ville.

Au coeur de cette cité souvent oppressante et nerveuse, il faut donc aller chercher la beauté.

Elle existe aussi sur les rives de l’Irrawaddy, où s’entassent pirogues de pêcheurs et petits bateaux de touristes, mais aussi maisonnettes en bois et en paille, puis de l’autre côté du fleuve, dans le village de Mingun, célèbre pour son monumental temple dont la construction, entamée en 1790, n’a jamais été achevée, en raison de la prédiction d’un astrologue qui prévoyait la mort du roi Bodawpaya au terme des travaux. Un tremblement de terre, en 1839, a largement endommagé la structure, qui devait accueillir le stupa le plus grand du monde, ainsi que la Cloche de Mingun, la plus imposante qui existe, encore aujourd’hui (90 tonnes), et que l’on peut visiter dans le village.