Paksé et sa boucle, des cascades de plaisir.

Certaines régions, certaines étapes, certaines destinations, sont parfois habitées, au plus profond d’elles-mêmes, par ce brin de magie supplémentaire qui rapproche de la terre et des merveilles qu’elle garde cachées. De ces petits secrets qui exaltent les sens, qui délivrent un indescriptible sentiment de liberté, qui apaisent, qui font se sentir incroyablement vivant.

Le plateau des Bolovens, coincé au sud du Laos entre la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam fait partie de ces trésors bruts, primitifs, sauvages sur lesquels l’Homme n’a pas d’emprise, dessinés siècles après siècles par la nature, terriblement puissante, violente et imprévisible, et pourtant si délicate, gracieuse et agile. La communion avec le brun de la terre, le charbon de la roche, le vert de la forêt, le bleu opaque, presque noir, de l’eau et le blanc de l’écume est plus intense encore lorsque la solitude s’invite dans ce voyage au creux de la Terre, ce qui peut s’avérer difficile tant la région attire les aventuriers en quête de sauvage.

La périple au coeur des Bolovens commence à Paksé, troisième ville du Cambodge en terme de population, capitale du Sud et de la province de Champassak. D’ici, il faut prendre la route, à deux roues, et parcourir une boucle longue de plus de 300 kilomètres (200 km si l’on opte pour une boucle alternative, plus petite), le plus souvent composée d’asphalte vieillissant et embouteillé, mais aussi de chemins de terre chaotiques et de quelques passages rocailleux et difficilement praticables, délicieux et délicats obstacles à franchir. Outre les plantations de thé et de café, et les quelques villes et villages-étapes comme Tad Lo, Thateng ou encore Paksong, l’aventure vaut surtout le coup pour les nombreuses cascades accessibles dans la région.

Si la première, Tad Pasuam, à une quarantaine de kilomètres de Paksé, malheureusement trop fréquentée pour son pont de bambou, son restaurant plutôt onéreux et son village ethnique aux allures de musée en plein air, semble être devenue un repaire pour car de touristes, les suivantes offrent un déluge d’instants frais et précieux, de chutes d’eau grondantes, turbulentes et infatigables, de mélodies tumultueuses aux notes rugissantes.

Sur le site de Tad Champee, un petit radeau permet d’aller goûter de plus près à la spontanéité et à la vivacité de ces milliers de litres d’eau qui n’en finissent plus de tomber, pour un bouleversant baptême. Sur celui de Tad Lo, à la fin de la journée, des éléphants viennent faire leur toilette quotidienne (probablement leur seul moment de liberté), au beau milieu des enfants qui connaissent les moindres recoins des ces cascades, crapahutant d’un rocher à l’autre avec une agilité déconcertante, plongeant sans crainte aucune la tête la première à la première occasion. Puis viennent les sauvages et désertes Tad Katamtok et Tad Tayicsua, et les impressionnantes jumelles de Tad Fane, nées de l’alliance des fleuves Champy et Pak Koot, et qui viennent se jeter 200 mètres en contrebas, dans un vacarme absolu.

Enfin, les vertigineuses chutes de Tad Yuang, dernière offrande de la nature avant le retour à Paksé, sont l’occasion d’un ultime bain au coeur d’un des plus merveilleux décors dans lesquels on peut se fondre le long de cette boucle.