Panama City, « vices et versa ».

Du haut de la tour Trump, propriété éponyme du milliardaire américain, prochain locataire potentiel de la Maison Blanche, la vue sur le Pacifique est imprenable. Les lieux, 293 mètres au dessus du niveau de la mer, illustrent à merveille le tournant pris par la capitale panaméenne il y a désormais une vingtaine d’années.

Aujourd’hui, les grattes-ciel de la city se comptent par dizaines, et donnent à la ville de plus d’un million d’habitants des allures de gigantesque quartier d’affaires, à l’image de certaines grandes mégalopoles mondiales, de New York à Dubaï en passant par Singapour. Une métamorphose éclair, puisque le premier building de la sorte ne date que de 1993, et surtout teintée de corruption : l’immobilier serait utilisé par les narco-trafiquants de Colombie et du Nicaragua pour recycler l’argent sale. Nombre de ces immeubles, inaccessibles pour la plupart des Panaméens, demeurent ainsi inhabités.

Loin de ce paradis fiscal où les sociétés off-shore voient le jour en 48h à peine, et de ces tours modernes et sans âme, il existe un Panama City bien plus modeste, plein de vie, de rebondissements, de saveurs. Sa nouvelle Cinta Costera, aménagée le long de la côte pacifique, est prise d’assault par les familles quand vient la fin de semaine. Des ruines du Panama Viejo, à la vieille ville, au Cerro Ancon, symbole de l’émancipation du pays face aux États-Unis, en passant par le célèbre canal de Panama, la ville dévoile ses histoires, son passé, sa personnalité.

Du quartier résidentiel d’El Carmen, et son animée Via Argentina, à l’imposant terminal d’Albrook, où transitent chaque jour des milliers de personnes, et d’où décollent les fameux Diablo Rojos, ces bus lumineux et colorés, parfois dangereux, aux rues rarement rassurantes d’El Chorillo, la musique ne s’éteint pas, les coeurs ne s’arrêtent jamais de battre. On y crève de chaud, on bénit la pluie. On écoute les prêches en plein air, on saute des l’un des nombreux taxis jaunes qui traversent la ville, on joue au loto auprès des petits kiosques mobiles qui s’installent ici et là.

On casse la croûte avec les empanadas, ces beignets frits de fromage, de viande ou de thon, on déguste les ceviches de poisson et de fruits de mer frais, le pollo con arroz, et les fruits, découpés en morceaux et vendus en petits sachets pour une poignée de cents, et la Balboa, la bière nationale, coule à flot.