La Ruta 68, l’appel de la route.

La route 68, qui unit sur 183 kilomètres les ville de Salta et de Cafayate, est un monument.

Un voyage au coeur de terres agricoles parsemées de villages, de pâturages verts et de collines escarpées, de montagnes éclaboussées de couleurs et aux formations géologiques passionnantes, et de vignobles et de caves où le Malbec, le Tempranillo et le Syrah coulent à flots. Autrefois petite portion de la fameuse Ruta 40 qui longe la frontière chilienne sur environ 5 000 kilomètres, la 68 mérite qu’on l’emprunte, les yeux bien ouverts pour profiter de chacun des trésors qui bordent la route, de part et d’autre de l’asphalte.

L’aventure commence à Salta, celle qu’on surnomme la Belle, notamment pour la richesse de son architecture coloniale, et qui constitue le centre d’une importante région agricole où se cultivent le maïs, le tabac, les céréales ou encore la canne à sucre. Le Cabildo, la cathédrale de la ville et l’Iglesia de San Francisco rappellent les siècles passés et la présence des Conquistadors, le cerro San Bernardo domine la cité et la Vallée de Lerma, et le Tren de las Nubes, ou train des nuages, commence son époustouflant parcours à travers la région de Puna, l’Altiplano et la Cordillère des Andes.

La route, transpercée en son coeur par une éclatante ligne jaune, et les kilomètres, défilent, jusqu’à la Quebrada de las Conchas, dans la Vallée de Calchaquies, l’un des sites les plus spectaculaires du Nord-Ouest argentin, qui s’étend sur une cinquantaine de kilomètres, où l’eau et le vent ont sculpté, siècle après siècle, les formes surréalistes de montagnes et de collines qui oscillent entre l’ocre, le rouge, le violet et le brun. Celles-ci se sont formées suite aux mouvements marins et à l’activité terrestre qui ont fait surgir, il y a des milliers d’années, la chaîne des Andes. L’érosion, la sédimentation et le travail de la rivière qui traverse la région ont dessiné ces roches tortueuses et malicieuses, taillé dans la pierre les silhouettes fantasmagoriques d’un crapaud, d’une fenêtre ou de châteaux.

On y trouve la Garganta del Diablo, sorte de réplique miniature du Grand Canyon américain, porte d’entrée vers les Enfers, une caverne sans toit qui a fini par épouser la forme d’une gorge. Puis l’Anfiteatro, où le vent vient s’engouffrer, où le moindre petit son devient vacarme, où l’écho n’a pas de pareil, où chaque année, quelques chanceux assistent au Concert des Montagnes, traditionnel et fascinant spectacle au milieu d’un décor unique. Plus loin encore, le Fraile, sorte de statue de moine qui a surgit de la roche, l’Obelisco, grande et fière sur le bord du chemin, la Casa de Loros, un pan de montagne creusé de trous où des perroquets ont élu domicile, ou enfin le Mirador Tres Cruces, orné comme son nom l’indique de trois croix en bois, souvenir jésuite selon la légende, majestueux point de vue sur toute la vallée.

À une vingtaine de kilomètres de Cafayate, en un clin d’oeil, les roches désertes, arides, où seuls de solitaires cactus semblent pouvoir défier la mort, laissent place à la verdure, aux terres fertiles, et à d’interminables rangées de vignes qui produisent quelques uns des meilleurs vins du pays. L’air devient sucré, les vignobles au grand nom et les estancias se succèdent. La plupart des caves sont plus que centenaires, nées au XIXe siècle peu après l’introduction de la vigne par les Jésuites. On y boit le Malbec, intense et fruité, autrefois importé de France, aujourd’hui devenu l’emblème de la production viticole argentine, le Torrontés, cépage blanc originaire d’Espagne mais désormais seulement cultivé en Argentine, le Tempranillo et ses notes de réglisse, le Syrah ou encore le Bonarda. Au total, plus de 4 000 hectares de vignobles.

Enfin arrive Cafayate, berceau de ces vins d’altitude, rurale et charmante. Si la Catedral Nuestra Senora del Rosario, sur la place centrale, vaut bien un coup d’oeil, les bodegas voisines, et les petits restaurants où se dégustent le tamal (pâte de farine de maïs farcie à la viande), le locro, un ragoût de haricots blancs, de courge, de boeuf et de lard, ou encore la cayote, ou courge de Siam en français, sont au moins aussi accueillants. Surtout, il faut essayer la glace au vin, une spécialité qui fait depuis plus de vingt ans la fierté de la ville.