Les îles San Blas : au pays des Kuna.

Le région du Darien étant aux mains des groupes rebelles colombiens, il n’existe aucune route terrestre pour traverser l’une des forêts les plus hostiles de la planète, et rallier la Colombie depuis le Panama. Si l’avion et le ferry constituent des options rapides et efficaces pour passer d’un pays à l’autre, la croisière en voilier, à la découverte des Îles San Blas, s’avère la plus magique, la plus dépaysante.

La côte caribéenne du Panama est composée d’une multitudes de petites îles (365 au total, dont une cinquantaine à peine sont habitées), région autonome, et lieu de vie exclusif des Kuna, un groupe ethnique amérindien d’environ vingt milles âmes. Au coeur de ce décor de carte postale, pas de complexe hôtelier, ni d’auberge de jeunesse, les Kuna estimant que la Terre n’est la propriété d’aucun homme. Sur les îlots entourés d’eau turquoise qui composent l’archipel, quelques huttes, du sable blanc, des cocotiers. Bien sûr, les hommes et les femmes qui vivent ici profitent du potentiel touristique des lieux : certaines îles ont leur petit bar, leur restaurant de fortune aussi, on vend quelques bijoux, sacs et tissus. Sur leurs pirogues, les Kuna approchent les bateaux de croisière, catamarans et voiliers qui ont jeté l’ancre pour vendre le poisson et les crustacés pêchés le jour-même, ou encore les noix de coco, mangues et autres délices fruités que les îles peuvent offrir. Parfois, à la tombée de la nuit, au coin des modestes feux de camp où crépitent les feuilles de palmiers, il n’est pas rare que certains touristes ou navigateurs de passage s’essaient à l’herbe ou à la cocaïne bon marché secrètement écoulées par les bad boys de l’archipel, les San Blas étant un point de passage privilégié de la drogue principalement issue de Colombie.

En bateau, à la nage, ou parfois même en marchant sur des bancs de sable, l’eau jusqu’aux genoux, aller d’îles en îles est un plaisir délicieux. Chacune se ressemble. Chacune, pourtant, est si différente. Là, les étoiles de mer se comptent par dizaines. Ici, autour de l’épave d’un bateau, des poissons de toutes les couleurs et de toutes les tailles ont élu domicile. Plus loin, les maisons faites de bric et de brocs s’entassent les unes sur les autres, et la musique, parfois, résonne jusqu’au bout de la nuit. Ailleurs encore, le calme et la quiétude, le vide et le silence. L’eau est cristalline, dévoile des reflets verts, devient d’un bleu étourdissant, puis plus sombre. Le soleil est éclatant, jaune, rouge, orange. Le ciel se confond avec la mer, tire vers le rose, balaie les nuages, gronde aussi. La grâce des pélicans est un spectacle, des raies, parfois, s’invitent autour des embarcations, et plus au large, poissons volants, ou dauphins, accompagnent les voyageurs le temps d’une traversée. Les nuits sont douces, fraîches, (venteuse..que dire ?) et la lune, les étoiles, scintillent sur les Caraïbes.

À quoi bon être pressé ?