San Antonio de Areco, terre de gauchos

Le gaucho, c’est un peu le cow-boy made in Argentine.

Le gardien des troupeaux qui s’en vont paître au coeur des grandes étendues de la Pampa. Depuis son apparition, du temps des Conquistadors, le gaucho, autrefois nomade travaillant pour son propre compte et chassant le bétail pour pouvoir vendre son cuir, est devenu l’un des plus fiers représentants de la tradition et de la culture au pays. Les rites, les costumes et les habitudes culinaires de ces cavaliers de la steppe, mais aussi les valeurs de courage, d’honneur et de liberté qui leur collent à la peau depuis les guerres d’indépendance du XIXe siècle au cours desquelles leur aide s’est révélée précieuse, ont contribué à faire du gaucho un véritable mythe dans l’imaginaire commun argentin. Un homme libre, jaloux de son indépendance, qui prend la vie comme elle vient, au jour le jour, amoureux de sa terre.

 Bien sûr, les gauchos d’aujourd’hui ne sont plus ces vagabonds solitaires et un peu sauvages, au quotidien rustique et aux nuits fraîches passées sous le ciel étoilé. Ils perpétuent néanmoins le savoir-faire et l’héritage de leurs ancêtres, dans des estancias ouvertes au public, ou à l’occasion de la fête de la tradition de San Antonio de Areco (120 km au nord de Buenos Aires), rendez-vous annuel qui rend hommage depuis près de 80 ans aux gauchos, et invite à se plonger dans l’Histoire et la géographie argentine. Le village est d’ailleurs l’un des plus vieux de la Pampa, l’eden et la capitale de la culture gauchesca, presque un lieu de pèlerinage, un sanctuaire de ces traditions centenaires.

 À quelques kilomètres de San Antonio de Areco, la Porteña, créée en 1822 et classée au patrimoine national, est une estancia chargée d’histoire, du souffle, de l’âme et de la puissance de la tradition gaucho. L’écrivain et poète Jorge Luis Borges, l’inoubliable Carlos Gardel, icône du tango argentin, ou encore le célèbre joueur d’échecs Garry Kasparov y avaient d’ailleurs leurs habitudes.

L’architecture de ses bâtiments, construits au XIXe siècle, la beauté de son parc, imaginé par le paysagiste français Charles Thays, où encore l’immensité de la nature qui l’entoure font de la Portena un voyage au coeur de l’âge d’or du gaucho. Ici, on mange l’asado, de la viande de boeuf et d’agneau grillée et préparée comme au bon vieux temps, on se rince le gosier avec le vin de la région et on s’initie au maté, ce thé traditionnel de la culture guarani, fort et amer, et servi dans une calebasse. On voyage dans le temps en découvrant le parquet grinçant, les épaisses couvertures en laine d’alpaga et le mobilier colonial de la chambre et du bureau de Ricardo Güiraldes, fondateur de l’estancia, et connu pour son ouvrage Don Segunda Sombra, véritable pamphlet du gaucho où l’homme de la campagne est élevé au rang de figure romantique.

 On expérimente le domador, où le dressage des chevaux, éternels compagnons, et seul travail gaucho qui se soit véritablement maintenu à travers le temps. On monte à cheval, sur des selles au cuir martelé avec génie par les artisans de la région, pour aller découvrir les alentours et s’enfoncer dans cette nature sauvage qu’ils aiment tant. On apprend tout de leur tenue traditionnelle, des bottes en cuir au béret, en passant par le foulard autour du cou, la chemise ample et le poncho, la ceinture en laine et le ceinturon décoré, sans oublier bien sûr le façon, le couteau qui ne les quitte jamais.

 On découvre les carreras de sortijas, ces duels de prestige au cours desquels les gauchos cavaliers s’élancent à toute vitesse pour récupérer à l’aide d’une tige une boucle retenue par un fil. On est transpercé, enfin, par la force, la puissance de leur voix, l’émotion qui transpire quand ils prennent la guitare, la tristesse et la mélancolie teintées d’honneur et de fierté des chansons de leur folklore, Samba a mi esperanza, Nadie lo Sabe, un amour aussi inconditionnel que secret, ou encore El poncho no aparece, l’histoire d’un gaucho orphelin de son poncho.

 La Porteña a été listée comme l’un des mille lieux à voir avant de mourir. Tout sauf un hasard…

 La Porteña – Ruta Nacional No. 8 hasta el km 110, San Antonio de Areco.