Sucre, douce capitale.

Si La Paz, poumon économique et principal centre d’intérêt en Bolivie, est considérée comme la ville la plus importante du pays, Sucre en est bel-et-bien la capitale historique et constitutionnelle. Elle n’affiche pourtant aucun des apparats d’une mégalopole sud-américaine : avec à peine 300 000 habitants, Sucre n’est que la sixième ville la plus peuplée au niveau national, son air pur et ses rues, larges et bien souvent vides de circulation, contrastent avec l’atmosphère polluée et les embouteillages monstres qui asphyxient La Paz, Santa Cruz ou encore Cochabamba, et la vie y est calme et paisible, quand ses grandes soeurs, de Buenos Aires à Bogota, semblent ne jamais s’arrêter de vivre.

Ici, aucun gratte-ciel ne vient perturber l’élégance d’une ville à la tranquillité et à l’architecture presque unique dans cette partie du continent américain. Ses murs blancs, blondis par le soleil, où fleurissent les déclarations d’amour, ses toits ocres, ses nombreuses églises et couvents datant du XVIIe siècle, de Santa Barbara, devenu un hôpital, à la Recoleta, située sur les hauteurs de la ville au bout de la Calle SM Dalence, en passant par Santa Monica ou encore la Iglesia de la Merced, son architecture baroque (XVIII-XIXe siècle), son théâtre Gran Mariscal, en face de l’obélisque de los Panaderos, son Parc Bolivar où les rayons du soleil se fraient un passage entre les branches des arbres qui longent l’allée centrale, son cimetière, où les étudiants viennent parfois réviser, son ancienne gare en brique orange, sa Plaza 25 de Mayo, sa Maison de la Liberté, ou encore, évidemment, sa Cour Suprême, symbole de sa vocation judiciaire, confèrent à Sucre un charme d’un autre temps.

Son histoire, depuis sa fondation en 1538, est d’une richesse infinie, et explique les différents noms qu’elle a porté au fil des siècles. À l’époque, les Conquistadors marchent sur cette cité au nom indigène de Charcas, et la renomment La Plata, en raison de son importance pour la couronne espagnole mais aussi de son emplacement géographique. Peut-être peut-on également y voir l’influence des mines d’argent voisines de Potosi, qui ont quelque peu conditionné l’essor et le rayonnement de la ville. Avec le déclin de cette industrie, Sucre a d’ailleurs vu son influence se réduire, le gouvernement décidant même de déménager à la Paz à la fin du XIXe siècle. Entre temps, la capitale bolivienne sera renommée Chuquisaca, les Espagnols reconnaissant l’importance des valeurs traditionnelles des populations indigènes, puis Sucre, l’Illustre et l’Héroïque, à l’indépendance en 1825, en l’honneur du maréchal du même nom, frère d’armes de Simon Bolivar, libérateur du pays, mais aussi de ses voisins colombien, équatorien, péruvien et vénézuélien.

Aujourd’hui, Sucre ne conserve donc que la branche judiciaire du gouvernement bolivien, et abrite d’ailleurs de nombreux cabinets d’avocats et de notaires. Universitaire, et quelque peu conservatrice, elle ressemble davantage à une douce et chaleureuse ville de province qu’à une véritable capitale. Mais ses vieux murs, parfois abîmés par le temps, ses clochers, et ses édifices baroques d’un blanc pur, héritages précieux de son glorieux passé, sont un délicieux voyage aux origines de la Bolivie contemporaine.