Torres del Paine, les quatre saisons.

La douceur du printemps, le soleil brûlant de l’été, les couleurs et la fraîcheur de l’automne, la neige et le froid glacial de l’hiver. Les rafales de vent à près de 200 kilomètres à l’heure et les giboulées de grêle. La chaleur presque humide et les pluies torrentielles.

En quelques heures à peine, le parc national Torres del Paine, encastré entre la cordillère des Andes chilienne et la steppe de Patagonie, dans une région appelée avec pertinence Ultima Esperanza (dernier espoir), peut changer de visage du tout au tout. Quiconque s’est déjà aventuré au coeur des 240 000 hectares de la plus célèbre attraction du Chili sait à quel point la nature peut être capricieuse. C’est le prix à payer pour découvrir les mille et une merveilles de cette porte d’entrée vers l’Antarctique. Mais c’est aussi ce qui lui confère sa beauté unique.

Il y a trente ans, le parc, qui tient son nom des trois formations granitiques emblématiques du massif du Paine, les tours (ou torres) n’accueillait guère plus de 8 000 courageux prêts à braver ses conditions atmosphériques lunatiques et extravagantes. Depuis, si la nature est toujours le seul maître à bord, ces terres sauvages et hostiles sont devenues un paradis pour trekkeurs : ils étaient ainsi près de 200 000 à fouler les nombreux sentiers qui traversent le parc, et surtout le fameux W, circuit d’environ cinq jours et 70 kilomètres, à poser leur tente ici et là ou à se réchauffer dans les refuges éparpillés un peu partout.

La diversité des paysages et la richesse de la faune et de la flore sont ici aussi rares que phénoménales : de grandes étendues de steppes où viennent gambader des troupeaux de guanacos, de huemuls et de chevaux en liberté, les invraisemblables tours aux sommets acérés et enneigées, bien souvent perdues dans les nuages, d’infinies vallées qui rappellent l’Écosse et la Nouvelle-Zélande où les renards et les pumas chassent le lapin, le lièvre et parfois le mouton, le défilé des nuages blancs, gris et noirs, la rugissante et assourdissante cascade de la rivière Paine, les glaciers parmi lesquels l’inoubliable Grey, mur de glace teinté d’azur, ou encore des lacs et des lagunes, du Lago Sarmiento, aux teintes papillonnantes, d’un bleu incroyablement pur, presque synthétique et où l’écume apparaît à sa surface au gré du vent, à la Laguna Amarga, bijou émeraude où se reflètent les majestueux pics du Paine, en passant par l’imposant Nordenskjöld d’où l’on peut observer la danse macabre des condors, et parfois, quelques colonies de flamants roses.

Une tempête d’émotions.