Ushuaia, ciudad del fin del mundo.

Ushuaia. Ville du bout du monde. Reine de tous les fantasmes, Terre de feu, de mythes et de légendes, point final d’une Panaméricaine débutée 24 000 kilomètres plus au nord, à Fairbanks en Alaska, ultime destination des voyageurs en quête d’ailleurs.

Si en réalité, la localité la plus australe au monde, Puerto Williams, se situe 48 kilomètres plus au sud au Chili, Ushuaia est bien la « Ciudad del Fin del Mundo », la ville de plus de 20 000 habitants la plus proche de l’Antarctique. Difficile d’accès par la route, la capitale de la Tierra del Fuego mérite qu’on la découvre depuis le ciel. Avant l’atterrissage au Malvinas Argentinas, la côte et les petites îles au loin se dessinent, semblables à des pièces de puzzle, les montagnes enneigées épousent les forêts de lengas et les eaux sombres du Pacifique et de l’Atlantique, reliées sur 180 kilomètres par le Canal Beagle, un détroit qui au fil des siècles s’est frayé un chemin au coeur des îles de l’archipel de la Terre de Feu.

La « baie qui pénètre vers l’ouest », signification du nom « Ushuaia » en langue yamana, un peuple qui habitait ces terres au climat hostile, presque polaire, il y a 10 000 ans, n’a pas le charme ni la beauté que l’imaginaire commun veut bien lui accorder. C’est une ville portuaire, un peu industrielle, parfois sale et triste, seulement traversée par une Avenida San Martin surpeuplée de restaurants et de boutiques pour touristes.

Il s’agit bien plus d’une atmosphère, celle de son port, point de départ des excursions vers l’Antarctique, et de ses paquebots qui invitent à se transformer en explorateur du cercle polaire. Celle aussi de ses auberges, pareilles à des refuges-étapes avant le commencement de l’aventure d’une vie sur la banquise. C’est un sentiment, celui, unique, de fouler ces terres si particulières, l’extrémité sud, ou presque, d’une si grande planète. La sensation d’être arrivé au bout de tout, de soi, de ne plus pouvoir aller plus loin. C’est se souvenir des Onas, des Haush, des Yamanas et des Alakalufs, qui ont peuplé la région pendant des millénaires avant leur totale disparition au début du XXe siècle, en visitant les différents musées qui tentent de faire vivre leur mémoire. Imaginer Magellan et son expédition au coeur de l’archipel en 1520, les marins et les chasseurs de lions de mer qui sont passés par là après lui, les naufrages, aussi, des nombreux bateaux qui, avant la construction du canal de Panama, ont emprunté le terrible détroit de Le Maire, route maritime étroite et frappée du williwaw, un vent violent de Patagonie. Plonger au début du siècle, à l’époque où le gouvernement argentin décida de bâtir un bagne dans l’objectif de peupler cette contrée trop lointaine. Une prison qui servira notamment à faire oublier les prisonniers politiques pendant les dictatures des années 1930.

Une excursion sur le canal Beagle, jusqu’au phare des Éclaireurs, qui permet d’observer les faunes marines et célestes de la Terre de Feu, une déambulation curieuse au coeur du quartier Los Escondidos et de ses maisons faites de bric et de broc et construites de manière anarchique au coeur des bois, l’ascension du glacier Martial, impossible quand le froid souvent polaire laisse place aux tempêtes de neige sur les hauteurs de la ville, l’incomparable point de vue sur la baie qu’il offre au contraire quand le soleil d’hiver d’Ushuaia veut bien briller, les zigzags et les routes sinueuses qui redescendent vers la ville, le Cerro Castor et ses pistes de ski, les estancias centenaires qui aujourd’hui encore perpétue l’élevage et la tonte des moutons, et bien sûr le Parque Nacional Tierra del Fuego, son Train du bout du monde, ses sentiers de randonnée, ses rivières et tourbières, son lac Escondidas, et ses éblouissant paysages où s’embrassent les montagnes et la baie de Lapataia, de balades, d’expéditions, de périples ou d’odyssées à la découverte d’Ushuaia et de sa légende.

Auberge conseillée : Cruz del Sur Hostel – Gobernador Deloqui 242. À partir de 20 euros/ nuit/personne en dortoir mixte de 6 lits, petit-déjeuner compris. Réservation longtemps à l’avance conseillée.