Valparaiso, son nom lui va si bien.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Valparaiso servait d’escale pour tous les bateaux qui voyageaient entre l’Atlantique et le Pacifique et les marins étrangers qui y faisaient escale surnommaient la ville le « Joyau du Pacifique ». Si ces années glorieuses sont désormais un lointain souvenir, notamment en raison du déclin du premier port du Chili après la construction du Canal de Panama, Valparaiso n’a rien perdu de son charme, de sa poésie et de sa lumière. Plus sauvage, plus piquante, plus vivante que sa voisine Viña del Mar, station balnéaire prise d’assaut quand viennent les beaux jours, Valparaiso, ses murs lézardés, surannés, pleins de couleurs et de graffs, ses cerros qui proposent un panorama envoûtant de la ville et de son port, et les gens qui y vivent, pleins de sourires et de générosité, agissent comme une potion d’amour instantané, ensorcèlent, à tel point que quiconque emprunte ses rues abruptes rêve ne jamais quitter la petite San Francisco.

La magie opère d’abord au coeur de la partie basse de Valparaiso, « El Plan », effervescente et active, où se regroupent l’essentiel des commerces, qu’il s’agisse de bars, de boutiques, de banques ou de restaurants, où circulent les plus anciens bus en service au monde, fabriqués à l’époque avec du matériel recyclé de la Seconde Guerre Mondiale et aujourd’hui classés au patrimoine, où le port, ouvert sur la ville, à quelques mètres à peine de la place Sotomayor et son monument aux Morts et la commandanture en chef de la marine chilienne, a donné aux quartiers qui l’entourent leur atmosphère bohème, où l’on trouve, enfin, quelques bijoux d’architecture et d’histoire, comme la première bourse du sud-continent, avenue Pratt, mais aussi la première poste, le premier studio photo, ou encore la première église protestante du pays.

Quinze ascenseurs, ou plutôt funiculaires, mènent vers les hauteurs de Valparaiso, même s’il est plus intéressant de se perdre dans les rues et ruelles pentues, parfois labyrinthiques, d’Ecuador, de Yerbas Buenas, d’Almirante Montt, ou de Cumming, pour accéder à l’un des 45 cerros de la ville. C’est là-haut que vit la grande majorité des Portenos, comme on les surnomme, dans un calme apaisant, simplement perturbé par les aboiements des nombreux chiens auxquels tout le monde semble habitué. D’un bout à l’autre de l’Avenida Alemania, qui traverse la ville à l’horizontale, les points de vue sur la baie, sur le Pacifique qui baigne les côtes valparaisiennes, et sur le reste de la ville, sont autant de peintures colorées et enivrantes.

Partout dans la ville, les murs en terre et en paille sont recouverts de toles, pour protéger les maisons du climat marin, et peints en rouge, rose, bleu, vert, ou jaune pour éviter l’oxydation du métal. Souvent abimés, parfois délabrés ou brûlés par l’un des nombreux incendies qui ont ravagé la cité portuaire, ils sont les vestiges, les témoins du temps qui passe, mais ils donnent aussi à Valparaiso toute sa personnalité, son caractère. Il y a aussi ses trois cimetières aux stèles monumentales, les histoires des immigrants britanniques, italiens ou allemands qui ont donné à Valpo cette silhouette cosmopolite, portée en son coeur jusque dans le nom des rues et des monts partout dans la ville (passage Atkinson, place Bismark, cerro Bellavista), l’Histoire, Valpo ayant vu naître deux des figures les plus emblématiques du pays, Salvator Allende, l’un des pères de la démocratie chilienne, et Augusto Pinochet, qui le renversa pour écrire l’une des périodes les plus sombre de l’Histoire de la nation, et bien sûr la culture, des vingt oeuvres abstraites d’Eduardo Pérez, de Maria Martner ou encore de Roberto Matta dans les ruelles invraisemblablement tortueuses d’Aldunate, de Rudolph ou d’Hector Calvo, aux oeuvres street art d’anti, de Pure Evil ou de Dana Pink, qui donnent au quartier des allures de musée à ciel ouvert, à la maison de Pablo Neruda, la Sebastiana, qui retrace la vie de l’enfant du pays.

Valparaiso est marine et céleste, salée et si douce, elle est blessée et exaltante, mélancolique et inspirante, pleine de souvenirs, de soupirs et d’éclats de rire. Et son nom, qui découle, en espagnol des mots « valle » et « paraiso », qui signifient « Vallée Paradis », lui va comme un gant.